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Les Semences du monde
L'AMÉLIORATION PARTICIPATIVE DES PLANTES
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Les questions d'actualité les plus pressantes qui influent sur le développement durable, voilà à quoi s'attaque la collection Un_Focus du CRDI. Chaque fascicule distille les recherches du CRDI pour en tirer les enseignements les plus importants ainsi que les observations et les recommandations les plus pertinentes pour les décideurs et les analystes des politiques. Chacun constitue en outre un point de convergence vers un site web où le CRDI étudie ces questions plus en profondeur et présente toute l'information que souhaitent obtenir les lecteurs et internautes de divers horizons. La liste de tous les sites Un_Focus se trouve à www.crdi.ca/un_focus. On peut aussi parcourir et commander les titres de la collection à www.crdi.ca/booktique/index_f.cfm.
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L'AMÉLIORATION PARTICIPATIVE DES PLANTES

Publié par le Centre de recherches pour le développement international
BP 8500, Ottawa (Ontario), Canada K1G 3H9
©Centre de recherches pour le développement international 2003
Catalogage avant publication de la Bibliothèque nationale du Canada
Vernooy, Ronnie
Les semences du monde : l'amélioration participative des plantes / Ronnie
Vernooy.
Publ. aussi en anglais sous le titre: Seeds that give.
ISBN 1-55250-015-2
1. Plantes — Amélioration.
2. Plantes — Amélioration — Cas, Études de.
3. Cultures de plein champ — Amélioration.
4. Biodiversité agricole — Conservation.
I. Centre de recherches pour le développement international (Canada)
SB123.7.4714 2003 631.5'2 C2003-902150-5
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Les Éditions du CRDI s'appliquent à produire des publications qui respectent l'environnement. Le papier utilisé est recyclé et recyclable; l'encre et les enduits sont d'origine végétale.
Ce livre sert également de référence au site web du CRDI sur la phytosélection participative : www.crdi.ca/semences. Le texte intégral est disponible en ligne et oriente le lecteur vers une riche bibliothèque qui explore dix années de recherches sur l'agrobiodiversité et la phytosélection participative.
Diversité égale vie; diversité égale choix, aussi. Malheureusement, où que ce soit sur la planète, les sites où entretenir la diversité ou la créer sous une forme nouvelle sont de plus en plus limités. La diversité biologique, dans un environnement de plus en plus maîtrisé par l'homme, est sérieusement menacée. La mondialisation impose des limites aux manières dont les gens peuvent façonner et restructurer la diversité socio-économique, culturelle et politique.
Parallèlement, en bien des endroits, on s'efforce de valoriser, d'utiliser et de soutenir l'évolution de la diversité. En 1992, à l'issue de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED, ou Sommet de la Terre), le personnel du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada a élaboré un programme à l'appui de ces efforts. Le programme du CRDI sur la biodiversité est né avec l'intention de placer et de garder la diversité biologique en tête des priorités des organismes de développement et de recherche du Sud, du Canada et du globe. Cinq ans plus tard, ce programme devenait l'initiative de programme Utilisation durable de la biodiversité (UDB), mais adoptait la même approche et conservait les objectifs premiers, soit :
favoriser l'utilisation, la gestion et l'amélioration du savoir, des innovations et des pratiques des populations autochtones et des collectivités locales en matière de conservation et d'utilisation durable de la biodiversité;
élaborer des mesures incitatives, des méthodes et des politiques qui facilitent, d'une part, la conception de stratégies axées sur la conservation et l'amélioration de la biodiversité agricole et aquatique in situ et, d'autre part, la participation des collectivités à leur conception et mise en œuvre;
appuyer l'élaboration de politiques et de lois qui reconnais-sent le droit des populations autochtones et des collectivités locales aux ressources génétiques et garantissent le partage équitable des avantages que procure l'utilisation de ces ressources.
Ce numéro de la collection Un_Focus présente quelques-uns des travaux de recherche sur la biodiversité qui se sont déroulés souvent dans de petites localités lointaines et mal connues du monde. Fondée sur un inventaire de l'appui accordé par le CRDI à la biodiversité agricole depuis une décennie, cette étude recense les efforts de tous les intervenants qui ont contribué à la réalisation des objectifs du développement et de la recherche. Cet ouvrage se veut instructif et formateur afin d'améliorer les travaux en cours non seulement sur les plans conceptuels et méthodologiques, mais aussi dans la pratique.
Au cours des dix dernières années, j'ai eu le grand privilège de nouer des relations étroites avec des chercheurs, des agriculteurs, des agents de vulgarisation et des représentants du gouvernement qui s'intéressent de près à la sélection végétale. Ils m'ont beaucoup appris. Je les remercie d'avoir osé s'éloigner des sentiers battus pour ouvrir de nouvelles voies à la recherche.
Salvatore Ceccarelli, Noemi Espinoza, Sanjaya Gyawali, Humberto Lambrada Ríos, Yiching Song et Louise Sperling ont enrichi ce rapport de leurs commentaires. Je leur sais gré de leur généreuse contribution. Marcel Vernooij, directeur des politiques sur la biodiversité et l'agriculture aux Pays-Bas, et Louise Sperling, directrice de recherche sur la phytosélection participative au Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale, ont eu la bonté de répondre clairement à cette question fondamentale : « Quelles décisions prenez-vous en matière d'agrobiodiversité dans le cadre de votre travail quotidien ? » Leur réponse sans détour m'aura permis de proposer aux décideurs des recommandations concrètes qui, je l'espère, recevront un accueil favorable.
Au fil des ans, mes collègues du CRDI ont façonné et remanié les programmes sur la biodiversité et l'UDB. Sans leur engagement désintéressé, leurs idées novatrices et leurs critiques constructives, l'appui du CRDI à la phytosélection participative n'aurait peut-être pas duré une décennie.
Bob Stanley, rédacteur chevronné, n'a pas hésité à se lancer avec moi dans l'aventure que représente la rédaction d'un tel ouvrage. Ce livre témoigne de son talent. Je lui suis très reconnaissant de son inestimable contribution et de son extrême patience lors des inévitables multiples corrections.
Bill Carman et le personnel de la Division des communications du CRDI ont révisé le manuscrit et m'ont fait part de leurs judicieuses observations. Ils se sont également chargés de la production et de la publication. J'ai été très heureux de travailler avec eux.
Je remercie Nicole Pelletier pour la révision du texte et le choix du titre, et pour son support offert durant toutes les années de travail intensif.
Les travaux novateurs qui ont favorisé l'évolution de la diversité, la productivité agricole et la reconnaissance du savoir et des compétences des agriculteurs et des phytogénéticiens ont été pour moi une source d'inspiration. J'ose espérer que ces efforts et les nouvelles initiatives qui en résultent recevront des décideurs et des directeurs de recherche le solide appui dont ils ont besoin.
Cet ouvrage est dédié à la mémoire de Marie Béatrice Dubé.
Ronnie Vernooy
Janvier 2003
Ronnie Vernooy est spécialiste de programme principal au Centre de recherches pour le développement international, à Ottawa (Canada). Spécialisé en sociologie rurale, il s'intéresse en particulier à l'organisation et à l'expérimentation agricoles, à la gestion des ressources naturelles, à l'agrobiodiversité, aux méthodes de recherche-action participative ainsi qu'au suivi et à l'évaluation des projets de recherche. Ses travaux en cours portent sur l'Asie du Sud-Est, l'Amérique centrale et Cuba. Le Nicaragua lui tient spécialement à cœur; il y a effectué des recherches sur l'environnement des montagnes et des régions côtières au cours des années 1985–1986, 1988–1991 et 1997–1998. Parmi ses plus récents ouvrages, citons Taking care of what we have: participatory natural resource management on the Caribbean coast of Nicaragua (co-édition CRDI-CIDCA/UCA, 2000), Para una mina de oro se necesita una mina de plata: historiando sobre la Costa Caribe de Nicaragua 1910–1979 (CIDCA-UCA, 2000), et Voices for change: participatory monitoring and evaluation in China (co-édition CRDI-YSTP, 2003).
Un panneau, le long d'une route rurale quelque part au Canada, se lit ainsi :Si vous avez mangé aujourd'hui, remerciez un fermier. Il faudrait sans doute remercier aussi un sélectionneur de plantes puisque la majorité des résidants du Nord — tout comme une forte proportion des populations du Sud — mangent tous les jours grâce aux remarquables progrès des sciences et de la technologie agronomiques.
Ce sont les sciences agronomiques qui nous ont permis de réfuter les prévisions pessimistes de Malthus et de continuer de nourrir une population mondiale qui ne cesse de croître. Bien que le rythme de croissance se soit atténué depuis la dernière génération, la marée humaine continue de s'étendre : aujourd'hui, la population mondiale atteint les six milliards; bientôt, nous serons huit milliards; et, en 2050, peut-être y aura-t-il sur terre jusqu'à dix milliards de personnes. Mais il est un fait déconcertant : à mesure que s'accroît la population humaine, le nombre de cultures vivrières dont la plupart d'entre nous sommes tributaires s'amenuise.
Personne ne sait exactement comment l'agriculture est née, il y a 8 000 ou 10 000 ans; comment nos ancêtres ont commencé à identifier, manipuler et gérer certaines plantes et créatures sauvages pour subsister. Nous savons cependant que l'invention de l'agriculture représente un tournant dans l'évolution de l'humanité qui a mené aux structures et aux systèmes sociaux que nous appelons « civilisation ».
Au fil des siècles, les méthodes d'expérimentation agricole ont occasionné la domestication d'une gamme de plantes toujours croissante pour répondre aux besoins et préférences des gens, et aux conditions du milieu. Résultat : des milliers de variétés végé-tales différentes et génétiquement uniques sont cultivées dans les exploitations agricoles. Aujourd'hui, pourtant, les espèces végé-tales cultivées se limitent à 150 environ. L'alimentation des trois quarts de la population mondiale repose sur 12 d'entre elles, tandis que les approvisionnements alimentaires de la moitié de la planète proviennent d'un petit nombre de variétés de quelques espèces végétales seulement. Ce sont les « méga-cultures » : riz, blé, maïs, sorgho et millet, pommes de terre et patates douces.
Les méga-cultures sont des plantes à haut rendement qui exigent d'importants moyens de production, développées par les scientifiques des centres internationaux de recherche agricole dans le monde entier. Elles constituent le fondement de la révolution verte qui a donné lieu à une croissance exponentielle de la production agricole dans plusieurs pays en développement et nourri des centaines de millions de personnes.
Ce succès recèle une menace, toutefois. Le système hiérarchisé de la recherche agricole, qui considère les agriculteurs comme de simples bénéficiaires de la recherche plutôt que des participants à part entière, a grandement contribué à accroître la dépendance à l'égard de quelques variétés végétales. Cette tendance, de même que l'industrialisation croissante de l'agriculture, sont les principaux facteurs de ce qu'il est désormais convenu d'appeler l'« érosion génétique ». Ce terme désigne à la fois la disparition d'une espèce et la réduction de la variété — il n'englobe pas seulement les plantes, mais aussi les animaux et les micro-organismes — ainsi que la dégradation graduelle de processus garants de l'évolution de la diversité. Ces processus regroupent le savoir en constante évolution, les innovations, les pratiques et les diverses formes d'organisations d'agriculteurs au sein des populations autochtones et des collectivités locales. Les pratiques en matière de production, de récolte et de préparation des aliments font souvent partie intégrante de l'identité culturelle des collectivités.
Le savoir des agriculteurs sur la diversité agricole revêt toujours une importance cruciale en bien des endroits, mais leurs cultures et leurs systèmes de culture sont aussi soumis à des exigences de plus en plus pressantes. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que, sur près de 250 000 variétés végétales propres à la culture, on n'en cultive aujourd'hui qu'environ 7 000, soit moins de 3 %. Le non-usage mène à l'abandon et, éventuellement, à l'extinction.
Selon la FAO, le remplacement de variétés locales par des variétés améliorées ou exotiques est la principale cause de l'érosion génétique dans le monde. |
L'agriculture moderne est comme une vaste pyramide inversée; elle repose sur une base dangereusement étroite. L'érosion génétique pourrait mettre en péril la sécurité alimentaire de demain s'il advenait une réduction de l'efficacité des variétés à haut rendement dont nous sommes désormais tributaires.
Voici un premier paradoxe : le succès même des sciences agronomiques a entraîné la concentration d'un petit nombre de variétés conçues pour la culture intensive et une diminution considérable de la diversité des variétés végétales pouvant servir à la recherche et au développement durable de l'agriculture.
Par le passé, les chercheurs comptaient sur les agriculteurs qui préservaient des cultures assez diversifiées pour leur fournir le « nouveau matériel » génétique dont ils avaient besoin. Les sélectionneurs ont de plus en plus tendance à s'appuyer sur un nombre restreint de variétés améliorées. L'homogénéité de l'agriculture moderne menace cette source de diversité génétique et, partant, met en péril la sécurité alimentaire à l'échelle locale et mondiale.
Il faut dire également que les sélectionneurs n'ont pas connu un succès absolu. Les variétés à rendement élevé exigent la plupart du temps beaucoup de soins, notamment un épandage régulier d'engrais et d'autres facteurs de production agricoles. Autrement dit, elles ne peuvent pas se développer dans des sols appauvris ou dans des conditions défavorables.
En raison de ces contraintes, les variétés à haut rendement sont hors de portée pour des millions de petits agriculteurs qui n'ont pas les moyens de se procurer des semences et des fertilisants coûteux. Pis encore, la plupart de ces cultivateurs déclinent les offres des phytogénéticiens parce que les obtentions végétales qu'ils proposent ne sont pas conçues pour les terres pauvres : elles ne satisfont ni aux besoins des paysans, ni aux préférences locales.
Néanmoins, même s'ils disposent de peu de ressources, ces agriculteurs — des femmes, pour une large part — produisent jusqu'à 20 % des cultures vivrières de la planète. Environ le quart de la population mondiale dépend de ces terres marginales pour se nourrir.
En règle générale, les paysans qui exploitent ce genre de terres ont recours à diverses pratiques agricoles; cultivent à la fois des céréales et des plantes potagères; élèvent quelques poules pondeuses ou quelques poulets destinés à la consommation; et, s'ils en ont les moyens, quelques porcs peut-être, des chèvres, une ou deux vaches. Ils sélectionnent et plantent des semences provenant de leurs propres récoltes, en échangent avec des voisins ou des membres de la famille. Parfois offertes en cadeau, les semences sont doublement appréciées. Pour beaucoup, c'est un gagne-pain, souvent subventionné par un travail ailleurs qu'à la ferme. Pendant les bonnes saisons, toutefois, il peut même y avoir des récoltes excédentaires à vendre au marché.
Il y a un deuxième paradoxe : ces petits agriculteurs traditionnels pourraient bien détenir la clé de la croissance de la diversité biologique et culturelle. Car en luttant pour subsister sur ces sols pauvres et avec des ressources limitées, ces cultivateurs permet-tent aux variétés végétales d'évoluer. Ils sélectionnent des types de plantes (plutôt que des variétés) en se fondant sur leurs propres observations et selon leurs besoins particuliers. Ainsi, les conditions locales peuvent être favorables à des plantes basses mais robustes, ou encore la saveur, voire la couleur, de la plante à maturité peut avoir son importance.
Il en résulte que dans une large mesure, et cela pourra peut-être étonner, ces fermiers sont devenus les gardiens de la diversité. Grâce à leurs compétences en phytogénétique — fondées sur leur expérience et leur observation plutôt que sur des connaissances scientifiques — ils préservent la variation génétique essentielle à l'évolution et à l'adaptation continue des génotypes végétaux. Ils donnent aussi accès à une vaste diversité culturelle — qui s'exprime par le savoir local, la langue, les façons d'agir, diverses formes d'association — tout aussi importante pour la conservation de la biodiversité.
Repenser les stratégies de sélection classiques signifie avant tout reconnaître le rôle de premier plan que jouent les paysans. |
Non seulement l'approche uniformisée de la sélection végétale ne convient-elle pas aux besoins des petits agriculteurs du monde en développement, mais elle contribue en outre à la perte de la diversité agricole, ou agrobiodiversité. À son tour, l'appauvrissement de l'agrobiodiversité réduit la capacité des écosystèmes agricoles de produire des ressources renouvelables. Les écosystèmes s'adaptent alors plus difficilement au changement, ce qui les rend encore plus fragiles. C'est un cercle vicieux. En 1998, la FAO soulignait dans un rapport intitulé The state of the world's plant genetic resources for food and agriculture qu'il faudra peut-être revoir les stratégies de sélection classiques sous un angle nouveau.
Repenser ces stratégies signifie avant tout reconnaître le rôle de premier plan que jouent les paysans de même que l'importance de leur savoir et de leur organisation sociale dans la gestion et la conservation de l'agrobiodiversité. La reconnaissance de ces rôles est ce qui fonde l'approche de la recherche agricole que l'on désigne par sélection végétale participative ou, de plus en plus, par phytosélection participative. En d'autres termes, l'objectif de la phytosélection participative consiste à faire en sorte que la recherche entreprise soit appropriée aux besoins des agriculteurs. Les chercheurs travaillent avec les paysans et la plus grande partie des essais se font sur le terrain.
Dans la phytosélection participative, les agriculteurs ne jouent plus un rôle auxiliaire, ce sont des partenaires à part entière. De fait, il arrive fréquemment que les agriculteurs prennent les devants et, parfois, ils combinent les semences qu'ils ont eux-mêmes sélectionnées avec le matériel fourni par les phytogénéticiens. Les obtentions végétales des agriculteurs étant adaptées aux conditions locales, les résultats sont souvent plus probants. Et lorsque cela se produit, les paysans n'hésitent pas à procéder à la multiplication des semences et à les distribuer. Ces interventions donnent lieu à un processus dynamique de conservation et d'amélioration.
La phytosélection participative et la conservation in situ de l'agrobiodiversité — c'est-à-dire la préservation de la diversité des espèces végétales dans les exploitations agricoles, dans les habitats d'où elles viennent et où elles continuent d'évoluer — sont deux méthodes complémentaires. Les petits agriculteurs sélectionnent leurs propres variétés améliorées uniquement pour survivre. Ils préservent ainsi la diversité, mais ils ne font pas la distinction entre conservation et développement. La phytosélection participative est une approche qui favorise à la fois le développement et la conservation de la diversité.
Cette approche donne aux petits exploitants agricoles les moyens de prendre leur situation en mains et entérine la logique qui pré-side à leurs choix. Elle permet aux agriculteurs plus prospères d'exercer un plus grand contrôle sur leur vie et donne à ceux qui pratiquent une agriculture de subsistance ou qui ne récoltent que le minimum vital l'occasion de briser le cercle vicieux de la pauvreté. Les femmes des régions rurales sont sans doute celles qui bénéficient le plus de la phytosélection participative. Ce sont elles qui exécutent le gros des travaux agricoles, veillent au traitement et à l'entreposage du grain et d'autres plantes cultivées, et prépa-rent les aliments. Et parce que, dans bien des régions, les femmes préservent aussi les meilleures semences pour la plantation, elles jouent un rôle déterminant dans la gestion des ressources phytogénétiques.
Voici un troisième paradoxe : les pays les plus riches en matériel génétique sont souvent les plus pauvres en ressources économiques. Bon nombre des cultures dont le monde aujourd'hui proviennent des pays en développement — les pommes de terre des Andes en Amérique latine ou le blé de l'Asie centrale et de l'Asie occidentale, par exemple. Bien entendu, c'est aussi dans ces régions que l'on trouve la plus grande diversité génétique (voir la figure 1).
Si l'on veut préserver cette diversité pour assurer demain la sécurité alimentaire du genre humain, il faut trouver des moyens pour que les gens de ces régions, qui de fait en sont les gardiens, puissent enfin participer aux bénéfices. La phytosélection participative doit donc tenir compte aussi de l'épineuse question des droits des agriculteurs. C'est une notion que nombre de défenseurs de la sélection végétale participative ont épousée et qui est implicitement avalisée dans la Convention sur la diversité biologique qui prône « le partage juste et équitable des avantages découlant de l'exploitation des ressources génétiques ». Ce principe va au-delà d'une simple rétribution des agriculteurs en reconnaissance de leur rôle dans la conservation et l'amélioration des ressources phytogénétiques. Il permet également aux collectivités d'avoir la haute main sur leur propre matériel biologique, d'être partie prenante au partage du savoir et de la technologie, de ren-forcer leurs capacités et d'avoir accès aux terres et aux marchés.
Nombre de chercheurs estiment que la phytosélection participative est essentielle à la sécurité alimentaire mondiale. |
Il y a plusieurs façons d'aborder la phytosélection participative. Certains organismes de développement considèrent cette approche comme un moyen de réduire la pauvreté et d'accroître les disponibilités alimentaires dans certaines des régions les plus pauvres du globe. D'aucuns estiment qu'elle permet de faire de la recherche à moindre coût et de manière plus efficace. D'autres

Figure 1. Diversité des principales plantes cultivées, par région (adaptation: FAO, 1998).
encore centrent la démarche sur les droits des agriculteurs et l'égalité des femmes. Nombre de chercheurs estiment que la phytosélection participative est essentielle à la sécurité alimentaire mondiale. Depuis 1992, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada soutient tout particulièrement la recherche axée sur la conservation de la biodiversité. Aujourd'hui encore, il lui accorde toujours son concours dans le cadre de l'initiative de programme Utilisation durable de la biodiversité (UDB). Témoin de cet appui soutenu, les nombreuses recherches appliquées dans les domaines de l'agriculture, des pêches, de la foresterie, de la nutrition et de la santé que le CRDI a subventionnées au cours des années 1970 et 1980.
Le présent ouvrage donne une vue d'ensemble de l'appui accordé pendant une décennie à la recherche portant directement ou indirectement sur la phytosélection participative. La réunion des résultats de ces recherches représente une somme de connaissances et d'expériences qui mérite d'être partagée. Le livre s'ouvre sur l'approche adoptée et sur les principaux thèmes de recherche, illustrés par de brefs rapports sur six projets menés dans diverses régions du monde. Puis, il examine les effets des projets à la lumière des résultats escomptés. Suivent des recommandations susceptibles d'ouvrir la voie à de nouvelles recherches inspirées des leçons des dix dernières années. En conclusion, nous émet-tons quelques hypothèses quant à l'orientation que pourraient prendre la recherche et les politiques sur la phytosélection participative pour peu qu'elles fassent partie des enjeux mondiaux de la conservation de l'agrobiodiversité.
L'agrobiodiversité est un domaine complexe qui comporte de multiples aspects, mais essentiellement il s'agit de nourriture. Une nourriture plus abondante et de meilleure qualité, la sécurité et les disponibilités alimentaires pour tous. Toutefois, si l'on veut éviter de répéter les erreurs passées, il faut que les collectivités rurales, où l'on trouve la diversité, soient au cœur de l'action. Il faut amener les membres de ces collectivités à participer à part entière à une approche plus vaste de l'utilisation durable de l'agrobiodiversité.
La détermination du rôle central des collectivités locales repose sur un raisonnement scientifique : ce sont principalement ces collectivités rurales qui prennent en charge la plus grande part de la biodiversité de la planète. C'est dans les collectivités que se trouvent les compétences et le savoir qui ont contribué à la préservation de si nombreuses variétés de plantes, d'animaux, de poissons et de micro-organismes qui, pour elles comme pour nous, sont source de nourriture et de sécurité. Ce sont les collectivités qui façonnent et entretiennent les milieux qui soutiennent cette diversité.
Des hautes terres andines aux contreforts de l'Himalaya, en passant par les zones arides de l'Afrique et du Moyen-Orient, des agriculteurs qui n'ont jamais entendu parler d'agrobiodiversité ont compris que la sélection et la conservation des meilleures semences, des souches les plus robustes, sont d'une extrême importance. Les agriculteurs et les membres des collectivités rurales — les femmes et les hommes en charge — valorisent l'agrobiodiversité parce qu'elle représente leur survie, certes, mais aussi pour une foule de raisons socioculturelles. D'autres s'intéressent à l'agrobiodiversité à cause de sa valeur écologique, économique et politique. Aussi est-il essentiel qu'avant de donner suite à toute mobilisation en vue de renforcer l'agrobiodiversité mondiale, on définisse clairement ce que signifie l'agrobiodiversité — et pour qui.
L'agrobiodiversité est un vaste concept qui englobe toutes les facettes de la diversité biologique : des écosystèmes agricoles aux variétés végétales, en passant par le profil génétique des espèces végétales et animales. Du point de vue écologique, l'agrobiodiversité soutient et protège la vie humaine; elle fournit les ressources nécessaires à son évolution; elle accroît la capacité de production des écosystèmes. Appauvrir l'agrobiodiversité réduit la robustesse du système et sa capacité d'adaptation au changement. Les options qui s'offrent aux collectivités pour gérer leurs terres et leurs res-sources se trouvent alors limitées. Et voilà perdue l'occasion de créer et de recréer le savoir et les expériences des agriculteurs — les processus mêmes sur lesquels reposent la conservation, l'évolution et l'amélioration de l'agrobiodiversité.
Il est essentiel de mettre fin à la perte de diversité. La participation des collectivités à cette entreprise est tout aussi fondamentale. Pour contrer efficacement le dépérissement de l'agrobiodiversité, il faut d'abord évaluer l'importance des ressources biologiques pour le gagne-pain des gens, en particulier dans les collectivités marginalisées. Ce sont souvent dans ces milieux marginaux que la concurrence et les conflits à l'égard des ressources sont les plus âpres. Il faut ensuite donner à ces collectivités l'occasion de participer à part entière aux démarches visant à favoriser l'utilisation durable de l'agrobiodiversité.
C'est sur cette double visée que se fonde l'approche adoptée par le CRDI pour la recherche sur la phytosélection participative — une approche axée sur trois objectifs précis :
favoriser l'utilisation, la gestion et l'amélioration du savoir, des innovations et des pratiques des populations autochtones et des collectivités locales en matière de conservation et d'utilisation durable de la biodiversité;
élaborer des mesures incitatives, des méthodes et des politiques qui facilitent, d'une part, la conception de stratégies axées sur la conservation et l'amélioration de la biodiversité agricole in situ et, d'autre part, la participation des collectivités à leur conception et mise en œuvre;
appuyer l'élaboration de politiques et de lois qui reconnaissent le droit des populations autochtones et des collectivités locales aux ressources génétiques et garantissent le partage équitable des avantages que procure l'utilisation de ces ressources.
Il ne s'agit pas là d'un point de vue isolé. Cette approche et ces objectifs s'inscrivent dans un contexte mondial dans le droit fil de l'article 12 de la Convention sur la diversité biologique, lequel porte sur la recherche et la formation. Ils se rapportent également à plusieurs autres articles de la Convention comme ceux qui traitent de conservation et d'utilisation durable, de conservation in situ, d'accès aux ressources génétiques et de coopération technique et scientifique, pour n'en citer que quelques-uns, ainsi qu'à d'autres accords internationaux.
La phytosélection participative exige une étroite collaboration entre les chercheurs, les agriculteurs et les éventuels intervenants pour améliorer la génétique végétale. |
De toute évidence, la question de la conservation de l'agrobiodiversité est loin d'être simple. Il est urgent d'élaborer des méthodes qui tiennent compte des aspects biologiques et des facteurs sociaux qui composent ces systèmes complexes. Elles doivent aussi mettre à profit les liens entre les composantes locales et les structures économiques et politiques, plus vastes. La phytosélection participative est une approche qui exige une étroite collaboration entre les chercheurs, les agriculteurs et les éventuels intervenants pour améliorer la génétique végétale. La phytosélection participative couvre le cycle complet des activités de développement et de recherche associées à l'amélioration des ressources phytogénétiques, soit :
la détermination des objectifs de la sélection;
la production de variabilité génétique, ou diversité;
la sélection au sein de populations variables pour mettre au point des matériels expérimentaux;
l'évaluation de ces matériels (ce qu'on appelle l'évaluation variétale participative ou la sélection participative de variétés);
la distribution des matériels;
la production et la distribution de semences.
Cette approche comprend également l'évaluation des politiques et/ou mesures législatives en vigueur, et l'élaboration de nouvelles dispositions, au besoin. Les agriculteurs et les sélectionneurs, et d'autres intervenants comme les commerçants, les fabricants, les distributeurs et les consommateurs, sont appelés à jouer différents rôles à divers moments, mais ils travaillent tous en collaboration pour apporter des changements.
Toute recherche commence par une question et poser les questions pertinentes, c'est déjà avoir fait la moitié du travail. La recherche sur la phytosélection participative ne porte pas uniquement sur la génétique et la pathologie végétale; elle s'intéresse aussi aux aspects économiques, anthropologiques et sociologiques comme à la production, à la commercialisation et, bien sûr, aux connaissances pratiques des agriculteurs. La définition des questions n'est pas une tâche simple, ce n'est que le début. Le véritable défi consiste à trouver des réponses appropriées au contexte dans lequel se déroule la recherche; des réponses susceptibles de s'appliquer dans d'autres situations.
Les projets sur l'agrobiodiversité et la phytosélection participative sur lesquels porte le prochain chapitre tentent tous, d'une façon ou d'une autre, d'apporter une réponse à trois types de questions :
Des questions relatives au savoir et aux pratiques en matière de conservation in situ et d'amélioration des ressources agricoles.
Que savent les agriculteurs des propriétés et des utilisations des ressources génétiques, y compris la conservation et l'amélioration ? Comment nous assurer du respect de ces connaissances et de leur utilisation appropriée et équitable tant pour les collectivités locales que pour l'ensemble de la société ?
Nous sommes à une époque de changements agroécologiques et socioéconomiques. Quelles pratiques de gestion viables, quels mécanismes équitables de partage des coûts et avantages et quelles mesures incitatives utiles faudrait-il adopter pour faire progresser la conservation in situ et améliorer les ressources agricoles étant donné les changements qui se produisent ?
Comment peut-on favoriser l'adoption de modèles participatifs au regard de la conservation et de l'amélioration des ressources phytogénétiques — des modèles qui entraînent des bénéfices mutuels, encouragent les échanges entre agriculteurs, et renforcent les liens entre le secteur structuré de la recherche et du développement et l'expérimentation agricole ?
Des questions qui ont trait à la participation.
Que peut-on faire pour inciter les gardiens de la biodiversité agricole à une participation significative à la recherche, au développement et à la prise de décisions ?
Quelles conditions ou modifications politiques et législatives pourraient être favorables à un tel projet ?
Des questions qui portent sur l'accès, la propriété et la rétribution.
Qu'en est-il des changements politiques ou législatifs ? Faut-il adopter de nouveaux règlements, de nouvelles mesures incitatives ou de nouvelles lois pour que les agriculteurs marginalisés puissent avoir un accès équitable à l'information et aux ressources dont ils ont besoin pour conserver et améliorer l'agrobiodiversité ?
Quels sont les effets des droits de propriété intellectuelle relatifs aux organismes vivants sur l'expérimentation et les innovations des agriculteurs ? Les agriculteurs ont-ils un accès équitable aux avantages qui découlent de ces processus ?
Comment faire en sorte que les intervenants en arrivent à des ententes sur l'accès équitable et la rétribution, avant que les interventions n'aient lieu ?
Ces questions témoignent d'une approche dynamique de la conservation et de l'amélioration des cultures qui englobe à la fois le recours à une méthode de recherche axée sur la phytosélection participative — comprenant des éléments comme l'analyse sociale ou des sexospécificités et la prise en compte de la dimension politique — et la formulation de politiques et de mesures législatives de remplacement.
À titre d'organisme de développement qui appuie la recherche sur la phytosélection participative et l'agrobiodiversité partout dans le monde, le CRDI a accumulé une vaste base de données bien étoffées. La recherche qui a produit ces résultats comporte plusieurs des éléments exposés ci-dessus; bon nombre de projets sont toujours en cours.
Au cours des dix années à l'étude, la recherche sur la phytosélection participative et l'agrobiodiversité s'est étendue plus ou moins également aux pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et des Caraïbes, et du Moyen-Orient. Elle a consisté en divers projets mondiaux menés dans des sites de recherche sur tous les continents. Plusieurs projets ont été réalisés en collaboration avec d'autres organismes, notamment des centres affiliés au Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), des organisations non gouvernementales (ONG), des systèmes nationaux de recherche agricole et des universités.
Les projets de recherche sont aussi divers que les organismes participants. Ils portent sur les trois grands types de propagation des cultures en s'attardant aux principales cultures de base : le riz, les haricots et le maïs et, dans une moindre mesure, au sorgho. Bon nombre de ces projets étudient deux cultures ou plus, en particulier des combinaisons de variétés végétales à pollinisation libre, à pollinisation directe ou reproduites par clonage, outre les légumes et les fruits. Les systèmes d'exploitation agricole reposant sur des cultures multiples et les jardins privés ont aussi fait l'objet de recherches.
La plupart des projets de recherche ont été réalisés dans des agroécosystèmes défavorables. En l'occurrence, on entend par « défavorables » des régions agroécologiques caractérisées, en tout ou en partie, par des conditions climatiques difficiles, des sols pauvres ou un paysage accidenté. Certains travaux sont menés également dans des sites plus favorables afin de comparer les résultats et d'évaluer si les méthodes de sélection employées peuvent être utiles dans des conditions plus propices. Toutefois, le présent ouvrage est centré sur la recherche effectuée dans des conditions défavorables.
Naturellement, la productivité et la diversité font, ensemble ou séparément, l'objet d'au moins la moitié des projets. Mais le renforcement de l'autonomie est aussi le thème de bon nombre de recherches. L'expression n'est pas utilisée ici simplement parce qu'elle est à la mode. Il s'agit d'une action réelle qui a pour but de faire des agriculteurs — et même de collectivités entières — de véritables partenaires de recherche. Elle vise aussi à améliorer les compétences techniques des agriculteurs-phytogénéticiens et à réitérer le droit des populations locales à l'exploitation de leurs ressources génétiques et aux avantages qui en découlent.
Le renforcement de l'autonomie vise à faire des agriculteurs de véritables partenaires de recherche et à réitérer le droit des populations locales à l'exploitation de leurs ressources génétiques et aux avantages qui en découlent. |
L'approche participative peut prendre la forme de consultations ou d'une collaboration. Dans le premier cas, des spécialistes provenant du secteur officiel de la recherche consultent les agriculteurs et les autres intervenants, mais ceux-ci n'ont que peu ou pas d'influence directe sur le projet et ne prennent aucunement part aux décisions concernant l'orientation des travaux. Autrement dit, quoique le projet soit dit participatif, les chercheurs gardent la mainmise sur les décisions. Il est encourageant de constater, toutefois, que dans le cadre de certains pro-jets récents, menés véritablement en collaboration, les chercheurs et les agriculteurs ont participé à part entière aux décisions et aux discussions sur toutes les étapes de la recherche.
L'analyse en fonction des utilisateurs, surtout lorsqu'il s'agit des hommes et des femmes, fait généralement partie des éléments essentiels à toute recherche sérieuse dans le domaine de l'agriculture. Ce type d'analyse étudie les résultats selon une gamme de facteurs qui tiennent compte des inéquités économiques et de pouvoir de même que des écarts sociaux : sexe, âge, éducation, classe, caste et origine ethnique. Ainsi, les chercheurs ont constaté que les femmes sélectionnent les semences d'après des critères différents de ceux des hommes. En outre, différents groupes ethniques d'une même région peuvent avoir des préférences distinctes pour certains attributs alimentaires, comme la saveur, par exemple, ou le mode de cuisson.
L'analyse des politiques est aussi un important volet de bien des projets d'amélioration des cultures. Par exemple, les politiques gouvernementales sur l'établissement des prix et la mise en marché peuvent être déterminantes du mode de gestion adopté par les exploitants agricoles. L'importance d'autres enjeux, notamment les droits de propriété intellectuelle et la certification des produits biologiques, s'accroît parallèlement à l'augmentation de la demande mondiale d'aliments biologiques.
Il importe de bien comprendre la relation entre l'agrobiodiversité et les gens qui en font usage, en prennent soin et en sont tributaires si l'on veut favoriser les interactions qui permettent d'améliorer et de conserver cette diversité. Le chapitre qui suit présente six « récits » de phytosélection participative : des exemples de projets qui aident précisément à mieux comprendre ce rapport. La réalisation de ces projets repose sur des méthodes de recherche novatrices qui ont pour but d'accroître la production alimentaire et semencière au profit de l'humanité tout entière.
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Les six projets sur lesquels porte ce chapitre donnent un aperçu des nombreuses études sur l'agrobiodiversité et la phytosélection participative qui ont reçu l'appui du CRDI au cours de la dernière décennie. Ces projets ont été choisis parce qu'ils constituent un échantillon représentatif de la recherche au regard des systèmes de culture, des objectifs de la recherche, du type de participation et de la portée méthodologique. Les travaux ont été menés à bien par des centres affiliés au Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), par les systèmes nationaux de recherche agricole et par des organisations non gouvernementales (ONG). Les projets se sont déroulés en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient ainsi qu'en Amérique latine; un seul est d'envergure internationale. Certains ont commencé il y a plusieurs années, d'autres ont débuté plus récemment mais les six initiatives sont toujours en cours. Le CRDI en a publié une description plus étoffée, sur papier et en ligne à www.crdi.ca/semences.
Éléments clés |
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Culture | Orge |
Objectifs (par ordre de priorité) | Productivité / diversité / prise en charge |
Participation | En collaboration; travaux dirigés par les chercheurs |
Analyse sociale | Sexospécificité |
Dimension politique | De plus en plus importante (politiques de recherche; amélioration génétique; mise en circulation des variétés) |
Dans bien des régions de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, le rendement de certaines cultures (comme l'orge, qui est une plante à pollinisation directe) est faible, bon an, mal an, et les récoltes déficitaires sont fréquentes. La malnutrition est généralisée dans les régions les plus pauvres et la famine est une menace constante. Les programmes de sélection classiques destinés à améliorer les cultures sont restés pratiquement sans effet, en grande partie parce que la majorité des agriculteurs ont refusé d'adopter de nouvelles variétés.
L'approche traditionnelle, centralisée et hiérarchisée, ne tient guère compte des conditions réelles auxquels les agriculteurs doivent faire face. Que penser d'un programme de sélection décentralisé, qui prévoie la participation des agriculteurs dès le départ, incite les phytogénéticiens et les agriculteurs à travailler ensemble pour apprendre les uns des autres et qui tienne compte de ce que les agriculteurs ont à dire ? Voilà une idée révolutionnaire sans doute, mais qui a donné des résultats probants.
À la fin des années 1990, des chercheurs du Centre international de recherches agricoles dans les régions sèches (ICARDA) ont été les premiers à proposer une nouvelle façon de travailler avec les agriculteurs dans les zones de pluies peu productives du Maroc, de la Syrie et de la Tunisie. Financée par le CRDI, l'Italie et le MBZ/GTZ [ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement/Agence de coopération technique (Allemagne)], cette initiative a réuni des agriculteurs et des phytogénéticiens ayant pour objectif commun de répondre aux besoins des gens qui doivent vivre et travailler dans les conditions difficiles caractéristiques de ces régions.
En Syrie, par exemple, les agriculteurs « hôtes » de neuf collectivités ont été jumelés à deux stations de recherche. Ces agriculteurs et leurs voisins se sont chargés des essais sur les lignées expérimentales fournies par la station de recherche et sur les variétés sélectionnées par les agriculteurs eux-mêmes. Les agriculteurs et les phytogénéticiens ont évalué indépendamment les résultats d'essais successifs, qui ont eu lieu entre 1997 et 1999, et qui ont permis d'identifier plusieurs nouvelles variétés prometteuses.
La sélection décentralisée dans les champs des agriculteurs évite d'avoir à rejeter des lignées utiles parce qu'elles affichent un piètre rendement dans les stations expérimentales, où les conditions sont certainement plus favorables. |
Il est vite apparu que les critères de sélection des agriculteurs, en grande partie fondés sur des facteurs écologiques, sont fort différents de ceux utilisés par les programmes de sélection nationaux. Les sélections faites par les agriculteurs sont au moins aussi efficaces que celles des sélectionneurs, ce qui en a surpris plusieurs. Les rendements se sont améliorés là où la sélection végétale avait échoué auparavant. Devant ces résultats, les sélectionneurs n'ont pas hésité à adopter de nouvelles idées et attitudes, et à devenir partisans de l'approche participative.
Conclusion : les premiers programmes de phytosélection n'ont pas eu d'effet sur les terres marginales parce que les critères de sélection employés tenaient rarement compte des caractéristiques jugées importantes par les agriculteurs.
Corollaire : La sélection décentralisée dans les champs des agriculteurs évite d'avoir à rejeter des lignées utiles parce qu'elles affichent un piètre rendement dans les stations expérimentales — où les conditions sont certainement plus favorables grâce à la fertilisation ou à l'irrigation, par exemple. La sélection décentralisée, conjuguée à la participation des agriculteurs dès les premières étapes du processus, est une méthode efficace qui peut être adaptée aux espèces cultivées dans différentes conditions biophysiques et socioéconomiques et qui tient compte des besoins et des connaissances des agriculteurs.
Les chercheurs ont tiré d'autres leçons décisives de ce projet, par exemple que les agriculteurs peuvent s'occuper d'un grand nombre de lignées et/ou de populations. Ainsi, dans la deuxième phase des travaux effectués en Syrie, le nombre des lignées évaluées est passé d'environ 200 à 400 (voir le tableau 1). De fait, les agriculteurs ont volontiers saisi l'occasion de sélectionner un grand nombre de lignées. Certains ont même commencé à multiplier des semences de variétés sélectionnées, qu'ils partagent avec d'autres agriculteurs, ce qui réduit d'autant leur dépendance à l'égard des semences fournies par les phytogénéticiens. Ces nouvelles pratiques ont ouvert la voie à un processus plus dynamique d'amélioration des obtentions végétales puisque les nouveaux matériels génétiques peuvent désormais passer d'un agriculteur à un autre.
En outre, lorsqu'ils ont constaté que les critères de sélection des femmes étaient différents de ceux des hommes, les chercheurs ont fait valoir l'importance de déterminer dans quelles conditions et pour quelles raisons ils diffèrent. Ils se sont aussi rendu
Tableau 1. Quantité de matériels de sélection générés par la recherche de l'ICARDA | ||||
Pays | Nombre de villages | Lignées | Dimension des Parcelles | Nombre d'agriculteurs |
Égypte | 8 | 60 | 6 | 5 |
Érythrée | 3 | 155 | 3 | 10–12 |
Jordanie | 6 | 200 | 6 | 5–12 |
Maroc | 6 | 30–210 | 4,5 | 6–15 |
Syrie (phase 1) | 9 | 208 | 12 | 5–9 |
Syrie (phase 2) | 8 | 200–400 | 12 | 6–11 |
Tunisie | 6 | 25–210 | 4,5 | 10–20 |
Yémen | 3–6 | 100 | 3 | 15–20 |
Source : Ceccarelli, 2000. | ||||
compte qu'en participant à la recherche, les agriculteurs se sentent investis d'un nouveau pouvoir qui leur donne suffisamment confiance pour prendre des décisions relatives à la création variétale de certaines espèces ou même à la dimension des parcelles et au nombre de sites d'essais.
Les chercheurs ont fait une autre découverte, sans doute tout aussi importante pour eux : le projet a mis en lumière la nécessité d'une formation particulière dans des domaines comme les protocoles d'expérimentation et l'analyse de données appropriées à des situations dont ils ne peuvent être maîtres comme c'est le cas dans les stations de recherche; par exemple, un champ dont un agriculteur est propriétaire et qui est géré par celui-ci.
Cette approche novatrice a eu un tel succès que les agriculteurs ont demandé aux sélectionneurs de l'adopter et de travailler en collaboration avec eux à l'amélioration d'autres cultures. Elle a aussi fait son chemin dans d'autres pays de la région. L'ICARDA appuie des programmes de phytosélection participative en Égypte, en Érythrée, en Jordanie et au Yémen. Au Bangladesh, en Syrie, en Turquie et au Yémen, la même approche est mise en application dans la recherche sur les lentilles. En outre, l'ICARDA a amorcé des travaux de recherche participative sur la gestion des ressources naturelles, en particulier sur la gestion durable des terres dans les régions arides.
Partout, le succès a été le même. Au Yémen, par exemple, un projet qui avait commencé dans trois villages seulement dans les hautes terres septentrionales s'est étendu en peu de temps à trois autres villages du plateau intérieur. L'approche participative a été reprise par d'autres projets réalisés par l'Agricultural Research and Extension Authority (AREA), organisme de recherche national, partenaire de l'ICARDA. Autre exemple : en Jordanie, les organismes officiels de recherche agricole ont commencé à transformer le programme national d'amélioration génétique de l'orge en un programme participatif, décentralisé, et à appliquer la phytosélection participative au froment et au blé dur.
Éléments clés |
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Cultures | Haricots, maïs, manioc, pommes de terre, fruits |
Objectifs (par ordre de priorité) | Productivité / prise en charge / diversité |
Participation | En collaboration; travaux dirigés par les agriculteurs |
Analyse sociale | Variable |
Dimension politique | Secondaire |
Dans les pays du Nord, soumettre un problème à un comité équivaut trop souvent à une échappatoire aux mesures qui s'imposent. Rien de tel en Amérique latine : le comité, qui regroupe agriculteurs et chercheurs, est devenu une plaque tournante où se font l'évaluation, l'adaptation et la diffusion des nouvelles technologies. Qui plus est, le comité est aussi le point de départ de projets de développement rural comme la formation de groupes de crédit et de commercialisation. Les comités locaux de recherche agricole (Comité de Investigación Agrícola Local ou CIAL, pour reprendre l'acronyme espagnol) se sont répandus dans toute l'Amérique latine et ils obtiennent des résultats qui étonnent les scientifiques des organismes de recherche traditionnels.
Les CIAL rassemblent les agriculteurs et les chercheurs en un processus d'expérimentation et d'apprentissage conjoint. Les comités locaux, dont la formule a d'abord été proposée par le Centre international d'agriculture tropicale (CIAT), en Colombie, se sont rapidement multipliés. L'Amérique latine compte aujourd'hui environ 250 CIAL très actifs. S'ils diffèrent par leur taille et leurs caractéristiques, ils partagent tous le même objectif : constituer un lien direct entre les organisations locales d'agriculteurs et les systèmes officiels de recherche agricole. Le CRDI appuie des comités locaux de recherche agricole, directement et indirectement, en Colombie, en Équateur, au Honduras et au Nicaragua.
L'établissement d'un réseau de comités locaux de recherche agricole expérimentés dans une région réduit de beaucoup la nécessité d'y organiser des travaux de recherche et des services de vulgarisation à grande échelle. |
La majorité des CIAL accordent une attention prioritaire à l'évaluation des variétés locales améliorées et à l'essai de nouvelles obtentions végétales pouvant être adaptées aux conditions locales. Bon nombre des nouvelles variétés testées par un comité local de recherche agricole proviennent de la collectivité; le maïs à pollinisation libre en est un exemple. D'autres, comme les hybrides, sont fournies par le secteur officiel de la recherche. Parfois, les variétés éprouvées sont produites par les deux systèmes. Les comités s'intéressent également à la lutte contre les parasites et les maladies ainsi qu'à la gestion des sols, de l'eau et des nutriments. Les cultures vivrières de base — haricots, maïs, pommes de terre et manioc — représentent plus de 80 % des recherches en milieu réel entreprises par les comités locaux (voir le tableau 2).
Tableau 2. Principales caractéristiques de 249 CIAL | |
Thémes de recherche |
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Évaluation de variétés végétales | 62 % |
Lutte contre les parasites et les maladies | 19 % |
Gestion des sols, de l'eau et des nutriments | 12 % |
Menu bétail | 5 % |
Autres | 2 % |
Cultures étudiées | |
Haricots | 26 % |
Maïs | 16 % |
Pommes de terre | 14 % |
Légumes | 13 % |
Manioc | 12 % |
Fruits | 9 % |
Autres | 10 % |
Représentation sexospécifique | |
Hommes seulement | 56 % |
Femmes seulement | 7 % |
Hommes et femmes | 37 % |
Source : Ashby et al., 2000. | |
L'établissement d'un réseau de comités locaux de recherche agricole expérimentés dans une région réduit de beaucoup la nécessité d'y organiser des travaux de recherche et des services de vulgarisation à grande échelle, étant donné que les collectivités rurales s'occupent elles-mêmes des essais et de l'adaptation des technologies.
Les membres de la collectivité choisissent le thème de la recherche qui sera menée par le comité local lors d'une réunion publique, et ils fondent leur décision sur des critères comme les possibilités de succès, le nombre et les groupes de bénéficiaires, et les coûts probables de la recherche. Vient ensuite l'étape de la planification où le CIAL et le reste de la collectivité déterminent les objectifs de l'expérimentation, les traitements et les mesures de contrôle, les matériels et les méthodes qui seront utilisés, les facteurs de production requis, les données à recueillir et les critères d'évaluation des résultats.
En règle générale, l'expérimentation est faite par des membres de la collectivité (des innovateurs chevronnés, par exemple), puis à l'issue de l'expérimentation le comité local rencontre le facilitateur (par exemple, un agronome associé à une ONG locale) avec qui il évalue les données recueillies. Lors de l'analyse des résultats, les membres du CIAL demandent aux intervenants de préciser ce qu'ils ont appris de l'expérience. Cette étape revêt une importance cruciale surtout lorsque l'essai de nouvelles variétés échoue ou que l'expérimentation donne des résultats inattendus.
Enfin, à l'occasion d'une des réunions publiques régulières de la collectivité, le CIAL fait le point sur les activités, les résultats et les dépenses engagées dans le cadre de ses travaux et sollicite la réaction des membres de l'assemblée. Le comité local peut également faire des recommandations fondées sur les résultats de ses travaux, mais c'est la collectivité qui décide s'il doit poursuivre l'expérience, aborder un nouveau thème ou cesser ses activités. Le graphique en escalier de la figure 2 illustre les huit étapes du processus d'expérimentation des CIAL.
Voilà ce qu'est, en théorie, la façon de procéder des comités locaux de recherche agricole. En pratique, le processus est habituellement très dynamique et connaît des hauts et des bas.

Figure 2. Graphique en escalier de l'intervention des CIAL (source : Ashby et al., 2000).
Voici comment ces comités sont nés dans la région montagneuse de Matagalpa, au Nicaragua, en 1997. Une équipe de chercheurs du Centre international d'agriculture tropicale (CIAT), en collaboration avec le personnel du programme Campesino a Campesino (un ONG), a fait connaître le CIAL à quatre collectivités du bassin hydrographique de la rivière Calico, dans le cadre d'un vaste projet de recherche sur la gestion des ressources naturelles financé par le CRDI et la Direction du développement et de la coopération (DDC, Suisse).
À Wibuse, village défavorisé en amont du bassin, un comité formé d'hommes et de femmes de la collectivité a fait l'essai de nouvelles variétés de haricots. À El Jicaro, à mi-chemin du bassin hydrographique, deux comités se sont formés. Le premier, qui regroupe des villageois et des villageoises, a testé de nouvelles variétés de maïs et de haricots; le second, composé uniquement de femmes, a fait porter l'expérience sur les légumes et l'utilisation d'engrais organiques. À Piedras Largas, village situé en aval, un quatrième CIAL s'est aussi intéressé à de nouvelles variétés de haricots.
Plusieurs expériences ont échoué à cause de conditions météorologiques défavorables (dont un ouragan), des catastrophes naturelles, des parasites et des maladies végétales outre, parfois, une gestion déficience du projet. Malgré tout, les collectivités ont estimé que, dans l'ensemble, les résultats étaient positifs. À Wibuse et à El Jicaro, les comités locaux, aidés par PROFRIJOL, réseau d'étude sur la production de légumineuses en Amérique centrale, et deux organismes nationaux de recherche agricole, ont organisé une nouvelle expérience sur diverses souches de haricots. L'essai a porté sur 90 lignées prometteuses et une variété déjà mise en circulation au Honduras. Cette diversité a impressionné les agriculteurs et devait leur donner plus de choix de production qu'auparavant. En outre, les agriculteurs étaient désormais en mesure d'effectuer leur sélection à partir de matériels génétiques beaucoup plus nombreux. Les deux CIAL se sont partagé la gestion de la parcelle à Wibuse et ont réussi à obtenir de l'organisation nationale de recherche qu'elle détache du personnel sur le terrain : une première dans la région de San Dionisio.
L'expérience de Matagalpa a montré que les points forts des comités locaux de recherche agricole dépassent largement les quelques faiblesses qui pourraient exister. |
L'année suivante, les membres des quatre comités locaux, en collaboration avec l'équipe du CIAT, ont organisé une réunion de tous les habitants du bassin hydrographique afin d'échanger les connaissances acquises, planifier les futures activités et déter-miner les besoins en matière de formation et d'aide technique. Plusieurs agriculteurs de collectivités voisines qui avaient entendu parlé des comités locaux de recherche agricole ont assisté à la réunion et, par la suite, certains d'entre eux ont pris part au second stage pratique organisé par le CIAL, à l'échelle nationale. Quatre nouveaux comités locaux ont ainsi été créés et deux des agriculteurs (un homme et une femme), qui avaient suivi le cours, sont devenus para-técnicos, ou para-techniciens. Ils ont tous deux prêté main-forte aux CIAL, déjà établis ou de création récente et, en 1999, ils ont contribué à la formation de deux autres comités locaux dans la région. En 2002, 14 CIAL expérimentent dans la région de San Dionisio.
Certes, le processus des CIAL n'est pas parfait. La majorité des comités connaissent une évolution en dents de scie en raison du renouvellement de l'effectif, de l'engagement des gens dans des projets plus gratifiants dans l'immédiat et de l'inégalité du soutien technique. Il est encore parfois difficile d'obtenir la participation des femmes. Dans certains CIAL, ce sont presque toujours les mêmes qui mettent la main à la pâte, soit les membres les plus engagés de la collectivité sur lesquels on peut généralement compter pour prendre part à ce genre d'activités. Mais, surtout, l'expérience de Matagalpa a montré que les points forts des comités locaux de recherche agricole dépassent largement les quelques faiblesses qui pourraient exister.
À Matagalpa, plusieurs comités ont poussé plus loin l'expérience pour se pencher sur de nouveaux aspects des problèmes qui se posent à la collectivité tels que la fertilité du sol. Des agriculteurs, dont un bon nombre de femmes, ont ainsi pris la direction des opérations et, le cas échéant, des comités locaux de recherche agricole établissent entre eux des relations étroites afin d'échanger des idées et de se faire part des résultats obtenus au sein du bassin hydrographique et au-delà — à l'occasion des réunions annuelles des CIAL au Honduras, par exemple. Ils tissent aussi des liens avec le secteur officiel, notamment avec les organismes de recherche et les organisations à vocation technologique.
Éléments clés |
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Cultures | Haricots et maïs |
Objectifs (par ordre de priorité) | Diversité / productivité / prise en charge |
Participation | En collaboration; travaux dirigés par les chercheurs |
Analyse sociale | Sexospécificité |
Dimension politique | De plus en plus importante (politiques sur les semences) |
Cuba a vu naître des regroupements assez semblables aux CIAL. Ces groupes d'expérimentation agricole (ou GIC) sont l'une des composantes essentielles d'un projet d'innovation agricole entrepris à Cuba.
Mis à part l'industrie touristique, l'agriculture constitue toujours la pierre angulaire de la précaire économie cubaine. La crise économique qui a marqué l'île a entraîné, entre autres conséquences, le recul de la production agricole par rapport à un modèle industrialisé, axé sur l'exportation et fondé sur les monocultures, qui exige des apports agricoles considérables. La nécessité pousse les producteurs agricoles à adopter des systèmes d'exploitation plus diversifiés, exigeant moins de facteurs de production et centrés sur les marchés locaux. La crise a aussi occasionné la rapide détérioration du système classique, centralisé, sur lequel reposaient la production, l'amélioration et la distribution des semences.
Ces circonstances imprévues ont incité les chercheurs agricoles et les décideurs à explorer des solutions de rechange viables pour la production, l'amélioration et la distribution des semences, exploration qui a mis en lumière l'urgence de changements en profondeur du secteur agricole du pays.
En 2000, un groupe pluridisciplinaire de chercheurs enthousiastes de l'Instituto Nacional de Ciencias Agrícolas (INCA), spécialisés en biologie, en agronomie, en biochimie et en sociologie, a lancé un projet visant à améliorer la qualité et le rendement du maïs et du haricot. Ils s'attendent à ce que ce projet, qui met à profit les efforts conjugués de tous les intervenants en vue d'accroître la diversité des variétés et de renforcer les organisations locales d'agriculteurs, améliore considérablement la sécurité alimentaire à Cuba.
Le renforcement des regroupements d'agriculteurs accroît leur capacité d'expérimentation et d'innovation, et raffermit leur position lorsqu'ils adressent une demande au secteur officiel de la recherche agricole. |
Ce projet novateur a pour objet de renforcer la biodiversité agri-cole à Cuba pour mettre à la disposition des agriculteurs, des établissements de recherche agricole et des consommateurs une gamme d'obtentions végétales plus variée et de meilleure qualité. L'équipe de l'INCA a arrêté plusieurs objectifs précis en ce sens. D'abord, arriver à mieux saisir les connaissances qu'ont les agriculteurs locaux de la gestion et de la circulation des semences de maïs et de haricots. Ensuite, élaborer une méthode de sélection des variétés de maïs et de haricots en collaboration avec les GIC. Enfin, diffuser les résultats obtenus par les GIC en matière de sélection, de production et de distribution de semences améliorées de maïs et de haricots.
Les chercheurs ont aussi un but secondaire quoique tout aussi important : améliorer la capacité de recherche des divers organismes intéressés — notamment l'INCA, les GIC, les semenciers et le personnel de plusieurs universités — grâce àl'apprentissage par l'action. L'équipe du projet estime également que le renforcement des regroupements d'agriculteurs accroît leur capacité d'expérimentation et d'innovation, et raffermit leur position lorsqu'ils adressent une demande au secteur structuré de la recherche agricole.
Les chercheurs ont recours aux foires des semences pour faire connaître aux agriculteurs de nouvelles variétés ou des souches moins répandues. Ces foires, organisées par des sélectionneurs, ont eu lieu au centre de recherche de l'INCA. Elles se sont avérées si populaires que des agriculteurs ont décidé d'organiser des expositions semblables dans leur collectivité. Ces événements donnent aux agriculteurs, aux phytogénéticiens et aux vulgarisateurs l'occasion de se côtoyer, d'évaluer les variétés végétales et de sélectionner celles qui leur paraissent les meilleures. Les sélectionneurs aident les agriculteurs dans la préparation du protocole expérimental, mais tous les essais sont adaptés au contexte local.
Les résultats révélent que les femmes et les hommes sélectionnent des semences différentes. |
Pour en savoir davantage sur les préférences des agriculteurs, l'équipe du projet organise régulièrement des journées agricoles éducatives où les agriculteurs, hommes et femmes, ont l'occasion de faire part de leurs préférences. L'information recueillie lors de ces journées sur le terrain est d'une importance cruciale car elle permet aux phytogénéticiens d'identifier les plantes-mères disponibles et de déterminer les critères de sélection. Il est intéressant de constater que les résultats révèlent que les femmes et les hommes sélectionnent des semences différentes. Les agricultrices sélectionnent les semences pour leur rendement, les propriétés culinaires des variétés végétales et les caractéristiques esthétiques de la plante (la couleur, la forme ou l'éclat, par exemple). La préférence des hommes va au rendement, à la résistance aux maladies et à la grosseur de la cosse. Les semences qui ont été sélectionnées parmi les « préférées » sont remises aux agriculteurs quelques semaines après l'événement.
Comme à Cuba on ne connaissait pas d'approches participatives de ce genre, les chercheurs du projet ont servi de personnesressources à d'autres chercheurs intéressés par ce type de démarches. L'équipe s'est aussi penchée sur l'analyse génétique en collaboration avec les biotechnologues de l'Institut national de sciences agronomiques de Cuba.
Cuba vit incontestablement une situation particulière, mais il est fort possible qu'un effondrement semblable du secteur industriel agricole se produise avant longtemps ailleurs dans la région, et dans le monde. Dans bien des pays, les pratiques culturales actuelles reposent largement sur le recours à des technologies et des fertilisants chimiques coûteux, outre diverses subventions publiques; à longue échéance, ces pratiques sont loin d'être durables. L'expérience cubaine aura vraisemblablement une incidence sur d'autres pays.
Éléments clés |
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Cultures | Riz et maïs |
Objectifs (par ordre de priorité) | Diversité / productivité / prise en charge |
Participation | En collaboration; travaux dirigés par les agriculteurs |
Analyse sociale | Sexospécificité; origine ethnique |
Dimension politique | De plus en plus importante (mise en circulation des variétés; droits de propriété intellectuelle) |
Malgré toute sa splendeur himalayenne, le Népal est un pays à peine plus grand que l'île de Cuba; il occupe moins de 0, 1 % des terres émergées du globe. Pourtant, plus de 2 % des plantes à fleurs du monde poussent dans ses montagnes et ses vallées. Le pays compte également, sur le plan des terres arables, une très forte densité de population : environ cinq personnes par hectare. La majorité des gens possèdent de très petites parcelles de terrain, et la diminution de la fertilité des sols conjuguée au morcellement des terres (en raison du patrimoine héréditaire) a entraîné un fort recul de la productivité. Dans les montagnes, les terres sont marginales dans les conditions les plus favorables et, depuis toujours, les agriculteurs y cultivent une gamme d'espèces végé-tales suffisante pour survivre.
C'est dans ce contexte qu'une ONG sans but lucratif, appelée LI-BIRD (Local Initiatives for Biodiversity, Research and Development), œuvre pour favoriser la gestion durable des ressources naturelles renouvelables et amélorer le gagne-pain des Népalais. Créée en 1995, LI-BIRD a son siège dans la ville de Pokhara, à 200 km à l'ouest de Katmandou, où elle contribue à la conservation et à l'utilisation durable de la biodiversité grâce à ses projets de recherche participative et à ses initiatives de développement, dont un bon nombre sont financés par le CRDI et par d'autres donateurs nationaux et internationaux.
LI-BIRD s'engage dans des activités diversifiées, dont les suivantes :
renforcer le fondement scientifique de la conservation in situ de l'agrobiodiversité en milieu réel dans diverses régions agroécologiques;
faire valoir l'importance des jardins privés pour la conservation à la ferme de ressources phytogénétiques afin d'améliorer les moyens de subsistance des agriculteurs défavorisés;
appuyer l'application de programmes participatifs d'amélioration des cultures aux principales céréales dans des systèmes de production à rendement élevé;
mettre au point et perfectionner des outils et des techniques visant à sensibiliser les populations locales — par exemple, des foires et des séminaires itinérants sur la diversité ou des concours d'art dramatique et de chansons populaires;
effectuer des recherches stratégiques sur des sujets comme la réglementation des semences, les politiques publiques sur la vulgarisation et le crédit, les politiques sur l'agrobiodiversité et la gestion foncière afin d'aider les décideurs à prendre des décisions éclairées.
Le Népal possède, outre une riche diversité de riz cultivé et d'espèces sauvages apparentées au riz, jusqu'à 2 000 cultivars traditionnels. Différentes variétés de riz sont cultivées à diverses fins : pour la consommation domestique, les festivals, la vente, comme produit d'accueil et même comme médicament. Aussi n'est-il pas étonnant que plusieurs des projets entrepris par LI-BIRD et financés par le CRDI portent sur l'amélioration de la riziculture grâce à la phytosélection participative.
Même en l'absence d'un système officiel de distribution, les variétés végétales peuvent être disséminées sur de longues distances, surtout grâce à des relations personnelles et aux réseaux. |
Dès 1985, le personnel de LI-BIRD (alors embauché par le Centre de recherche agricole de Lumle) innovait en adoptant la phytosélection participative lors d'essais décentralisés de variétés de riz résistant au froid dans le village de Chhomrong, en très haute altitude. Un grand nombre de projets de sélection participative du riz et du maïs ont été menés par la suite, tant dans des régions favorables où le rendement est meilleur que dans des régions où les conditions défavorables ne permettent qu'un rendement moindre. Ces projets visaient soit plusieurs buts généraux, dont l'accroissement de la productivité; la mise en valeur de la biodiversité; le renforcement des capacités de sélection des agriculteurs; la modification des politiques, soit certains objectifs particuliers (voir le tableau 3).
Le village de Chhomrong figure au nombre des collectivités installées en haute altitude qui ont pris part à un projet de suivi de la propagation des variétés de riz, dans le cadre des programmes de phytosélection participative. Les chercheurs ont constaté que même en l'absence d'un système structuré, les variétés végétales peuvent être disséminées sur de longues distances, surtout grâce à des relations personnelles et aux réseaux. Cependant, le système de dissémination non structuré est très lent; en règle générale, les agriculteurs n'échangent ou ne vendent de nouvelles semences à l'extérieur de leur village qu'au bout de quatre ans. Le projet a mis en lumière la nécessité d'élaborer une méthode efficace pour mieux échelonner la dissémination dans l'intérêt de la collectivité tout entière.
Un autre projet a porté sur le riz pluvial, connu localement sous le nom de riz ghaiya, qui se cultive sur les plateaux, les terrasses ou les versants des coteaux de forêts récemment déboisées et qui est alimenté en eau par les pluies. Ce sont surtout les agriculteurs pauvres qui s'adonnent à cette culture sur d'anciens cônes alluviaux non irrigués, appelés tars. Le ghaiya occupe une place très importante dans le système de culture, et les exploitants le préfèrent au maïs pour sa valeur nutritive et la provende fournie par les pailles de riz.
Tableau 3. Buts généraux et objectifs particuliers des projets de LI-BIRD | ||
Project | Buts généraux | Objectifs particuliers |
Production de riz chaite (maturation au printemps) et de riz arrivant à maturitédurant la saison principale, dans une région favorable (Chitwan) | • Accroissement de la productivité • Mise en valeur de la biodiversité • Efficacité de la recherche • Modification des politiques | • Mettre au point des variétés à faible alimentation en eau • Améliorer le riz masuli afin d'accroître son rendement et sa tolérance aux maladies • Éliminer les arêtes et accroître la hauteur des plants de riz basmati pusa • Améliorer la qualité des grains du riz de la variété IR44595 • Accroître la résistance aux maladies de la variété CH-45; améliorer la dormance des semences dans les champs |
Cultivars traditionnels de riz dans des régions favorables et défavorables (Jumla, Kaski, Bara) | • Mise en valeur de la biodiversité • Conservation in situ • Renforcement des capacités des agriculteurs • Modification des politiques | • Conservation in situ et valorisation • Amélioration des caractéristiques importantes pour la collectivité |
Production de riz ghaiya dans une région défavorable (Tanahu) | • Accroissement de la productivité • Mise en valeur de la biodiversité • Besoins/préférences des utilisateurs • Modification des politiques | • Utilisation de la diversité • Tolérance à la sécheresse |
Production de maïs, dirigée par des agriculteurs, dans une région défavorable (Gulmi) | • Renforcement des capacités des agriculteurs • Besoins/préférences des utilisateurs • Accroissement de la productivité • Mise en valeur de la biodiversité • Conservation in situ | • Améliorer la résistance à l'égrenage de la variété thulo piyanlo • Utilisation de la diversité |
Riziculture en haute altitude dans des régions défavorables (Maramche, Kaski) | • Renforcement des capacités des agriculteurs • Besoins/préférences des utilisateurs • Accroissement de la productivité | • Prévenir l'égrenage prématuré du riz M-3 (Machhepuchhre-3) • Mettre au point une variété tolérante au froid et acceptée des agriculteurs |
Source : Adaptation, Subedi et al., 2001, p. 75–86. | ||
L'étude a révélé que les cultivateurs de ghaiya possèdent une grande richesse de savoir sur la gestion des sols qui leur permet de maximiser le rendement des cultures. Les agriculteurs ont aussi démontré que la culture mixte du ghaiya et du maïs donne des rendements supérieurs et comporte un avantage pratique puisque quelques rangs de maïs plantés à plat dans les tars facilitent une répartition plus uniforme du ghaiya. Certains paysans, toutefois, préfèrent planter le maïs après le ghaiya, estimant que le sol y gagne en fertilité. La diversité règne toujours parmi les variétés indigènes de ghaiya, quoique le nombre de variétés cultivées varie selon les dimensions des terrains : plus les parcelles sont grandes, plus les variétés sont nombreuses. Dans la majorité des régions à l'étude, les agriculteurs cultivent au moins deux variétés dont la vitesse de maturation diffère.
Dans la vallée de Pokhara, où le riz représente à la fois une culture vivrière et une culture marchande, un autre projet subventionné par le CRDI a étudié les milieux de riziculture et l'état des variétés indigènes de riz, pluvial et aromatique. Les agriculteurs qui ont participé à cette étude ont souligné qu'il existe plus de 75 cultivars traditionnels locaux, mais que seuls 11 d'entre eux sont cultivés à grande échelle. Les semences de tous ces cultivars ont été recueillies à des fins de conservation, d'étude et, éventuellement, de promotion.
Au fil des ans, les travaux précurseurs de LI-BIRD dans diverses régions agroécologiques du Népal ont permis de recueillir de précieuses informations et ont donné lieu à d'importantes réalisations. En voici quelques exemples :
La participation directe des agriculteurs a souvent permis de définir de nouveaux objectifs de sélection; d'où l'importance d'une méthode cyclique et adaptative plutôt que linéaire et rigide. Les foires des semences, les trousses d'information sur la biodiversité et les registres des collectivités sont des moyens utiles pour solliciter la participation des agriculteurs.
La participation des agriculteurs à la planification permet de fixer des objectifs en matière de sélection végétale qui répondent beaucoup mieux à leurs besoins et intérêts.
Dans les régions plus vastes et à forte productivité, il existe différents créneaux correspondant aux diverses préférences des utilisateurs; il faut envisager d'autres mécanismes qui tiennent compte de cette réalité biophysique et sociale.
La phytosélection participative a le pouvoir d'accroître la diver-sité. Elle accélère les changements en introduisant des gènes et des génotypes comme facteurs de production dans le processus constant de la conservation in situ des cultures.
Il n'existe pas de modèle qui dicte dans quelle mesure et sous quelle forme les agricultrices et les agriculteurs doivent prendre part à la sélection végétale. Toutefois, pour gérer ou orienter convenablement ce processus, il est essentiel de s'entendre sur les responsabilités de chacun et de les définir clairement.
Éléments clés |
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Cultures | Maïs |
Objectifs (par ordre de priorité) | Diversité / productivité / prise en charge |
Participation | En collaboration; travaux dirigés par les chercheurs |
Analyse sociale | Sexospécificité |
Dimension politique | Politiques de recherche; amélioration génétique; politiques sur les semences |
Dans les hautes terres éloignées et hostiles du sud-ouest de la Chine, les paysans doivent lutter ferme pour arriver à subsister, contrairement aux plus favorisés qui peuvent s'adonner à l'agriculture dans les plaines septentrionales : la « ceinture du maïs » de la Chine. Pourtant, c'est dans cette région isolée que les premiers champs de maïs ont été plantés. Les agriculteurs y cultivent le maïs dont ils sont tributaires depuis d'innombrables générations. Ils conservent la diversité des ressources génétiques et des variétés de semences de maïs beaucoup plus nombreuses que ce qui se fait ailleurs au pays. Aujourd'hui, les hautes terres du sudouest de la Chine recèlent un trésor de diversité génétique, essentiel à l'avenir de la culture du maïs en Chine.
Le maïs est devenu la culture fourragère la plus importante de Chine et la troisième culture vivrière du pays. C'est aussi le principal aliment de consommation courante des populations rurales défavorisées des hautes terres du Sud-Ouest. Le gouvernement chinois a adopté une approche moderne, axée sur la technologie, qui repose surtout sur le système officiel de production et de dissémination des semences. La mise au point et la distribution de variétés modernes — hybrides pour la plupart — des trois principales cultures vivrières de première nécessité (le riz, le blé et le maïs) ont été les tâches les plus importantes et les objectifs prioritaires du système officiel, chargé d'assurer la sécurité alimentaire nationale.
La culture de variétés hybrides de maïs se fait aujourd'hui dans environ 80 % des zones de production de cette céréale en Chine, en particulier dans les plaines septentrionales, région de culture uniforme et à haut rendement. L'instauration d'une économie de marché a donné naissance à un système de production et d'approvisionnement de semences de plus en plus axé sur les profits.
L'amélioration des variétés hybrides et la production de semences hybrides attirent plus que jamais l'attention et les investissements. En revanche, une étude effectuée dans une des provinces du Sud-Ouest, Guangxi, révèle que plus de 80 % des approvisionnements en semences proviennent des systèmes de production des agriculteurs, si bien que la conservation de la diversité qui en découle sert les intérêts de tous les cultivateurs et leur assure un gagne-pain durable.
Le patrimoine génétique du maïs amélioré en Chine a considérablement diminué au cours des dix dernières années. Bien que la collection nationale de germoplasme de maïs contienne environ 16 000 entrées, seules cinq grandes variétés hybrides de maïs couvrent 53 % de l'ensemble des zones de culture du maïs du pays. Dans la province de Guangxi, la collection de germoplasme de maïs regroupe environ 2 700 entrées; de ce nombre, plus de 1 700 sont des cultivars traditionnels venant de cette région. Toutefois, l'utilisation de ces matériels génétiques dans la phytosélection est très restreinte. Seuls trois principaux produits de croisement sont utilisés et les 14 hybrides qui ont été produits au cours des vingt derni&